En quelques années à peine, le Royaume-Uni est passé d'une poignée de terrains confidentiels à plus d'un million de joueurs. Ce mois d'août, ce boom a eu sa consécration avec le premier tournoi professionnel du circuit disputé sur le sol britannique, à guichets fermés dans la mythique salle londonienne d'Olympia. Reste une question : les nouveaux amateurs vont-ils aussi devenir des fans du padel pro ?
Une croissance jamais vue dans le sport britannique
Le chiffre de départ donne le vertige : quand la fédération britannique de tennis a pris le padel sous son aile, le pays comptait à peine 69 terrains. Moins que ce qu'on trouve aujourd'hui dans une seule ville moyenne espagnole. Quelques années plus tard, le Royaume-Uni en aligne plus de 1 500, répartis dans plus de 550 clubs.
Côté joueurs, la progression est tout aussi brutale. Le nombre de pratiquants recensés sur un an est passé d'environ 15 000 à plus d'un million, avec un doublement rien qu'entre 2024 et 2025 (de 400 000 à 860 000 joueurs). Les recherches liées au padel outre-Manche ont bondi de 121 % sur la même période, la plus forte progression de tout le continent.
Un pays historiquement bâti autour de sports qu'il a lui même inventés, football, rugby, cricket, tennis, en train de s'enticher massivement d'un sport résolument hispanique. Le padel y est devenu presque un phénomène de société, jusqu'à la private joke du samedi matin entre copains.
Olympia, la vitrine du grand saut
Ce boom silencieux avait besoin d'une scène à sa hauteur. Ce sera Olympia, dans le quartier de Kensington : une salle vieille de près de 140 ans, tout juste rouverte en juin après une rénovation à 1,3 milliard de livres, dotée d'un court central de 4 000 places. Du 4 au 9 août, elle a accueilli le tout premier tournoi professionnel du circuit jamais disputé sur le sol britannique.
Le tournoi, un P1 doté de 1 000 points, a réuni les plus grandes stars du classement mondial. Les billets des quatre journées principales se sont envolés en un rien de temps, preuve que le public suit désormais autant que les joueurs.
Il y a sept ans, le Royaume-Uni comptait 69 terrains de padel : aujourd'hui, il en a plus de vingt fois plus, et Londres vient d'accueillir ses premières stars mondiales.
Les Britanniques face aux stars du circuit
Onze joueurs locaux avaient reçu une invitation pour se frotter à l'élite mondiale. La tête d'affiche, c'est Christian Medina Murphy, numéro un britannique né à Kingston upon Thames. À 27 ans, il a fait vibrer Olympia en s'imposant 6-2, 6-2 dès son entrée en lice, avant de s'arrêter au tour suivant. Il s'est dit très heureux d'avoir décroché cette première victoire à domicile.
Côté femmes, Aimee Gibson et Catherine Rose, numéros une et deux britanniques tout juste réunies après une blessure, ont livré l'un des moments forts de la semaine. Aux portes du top 100, invitées elles aussi, elles ont poussé la paire franco-russe Alix Collombon et Ksenia Sharifova jusqu'à un tie-break de deuxième set. Cinq minutes à couper le souffle : gagner ouvrait la voie à un troisième set décisif porté par le public local, perdre signifiait l'élimination immédiate. Dans les tribunes, des groupes d'amis brandissaient des pancartes bricolées, sans grand effet, tant les deux joueuses, en totale concentration, n'y prêtaient aucune attention.
Amateurs le samedi, fans le dimanche ?
Reste la vraie question posée par cette semaine londonienne : la ruée vers les terrains de club va-t-elle se transformer en public de tournoi ? Le padel n'est pas un sport de puissance brute. Le service se joue à la cuillère, en dessous de la ceinture, un ace y est une rareté absolue. Smasher n'a même que peu d'intérêt, sauf à envoyer la balle directement hors du court adverse, sinon elle rebondit haut et offre un cadeau à l'adversaire.
Toujours joué en double, le padel se gagne surtout par les angles, les effets et la patience. La position compte plus que la frappe, la lecture du jeu plus que la brillance technique, avec cette bataille permanente pour prendre la main au filet. De quoi dérouter un peu les néophytes venus du tennis, trop portés sur l'accompagnement de balle, ou du squash, un peu trop poignet.
Un sport qui se regarde différemment de ceux qu'il commence à bousculer, et qui doit encore prouver qu'il attire les foules devant l'écran ou dans les gradins, pas seulement sur les courts du quartier.
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